Lumière sur le Viniyoga

Lumière sur le viniyoga

L’été dernier a vu se clôturer mes 4 années de pratique et d’étude du Viniyoga. 4 ans pendant lesquels j’ai tant appris sur le yoga, sur moi et sur tant d’autres choses.

Clôturer n’est d’ailleurs pas le mot juste puisque c’est en réalité le début d’une nouvelle aventure. Cette formation a pu aboutir à l’obtention d’un diplôme certes, mais ce n’est pas une fin en soi. Voilà pourquoi, dès Octobre, je rempile pour 3 nouvelles années auprès de mes comparses belges et de Claude Maréchal.

Contrairement à tous ces termes yoga maintenant familiers – hatha yoga, vinyasa, yoga nidra etc. le terme viniyoga ne peut se targuer d’être populaire. Inconnu du grand public, il est aussi très peu connu des professionnels du yoga.

Bien dommage parce que, qu’on se le dise, le viniyoga c’est un peu la base quand même 🙂 Tellement la base que bon nombre de professeurs de yoga se diront probablement à la fin de la lecture “Moi aussi en fait je fais du viniyoga !”.

Le viniyoga n’est pas un style de yoga. C’est une intention que l’on donne à sa pratique en tant que yogi, et à son enseignement en tant que prof. Son maître-mot : adaptation. Adaptation à la personne, à son environnement, ses envies, ses besoins etc.

Aussi, il n’est pas incompatible avec le haha yoga ou le vinyasa, bien au contraire ! Il permet une construction de séance de manière particulièrement appliquée et pragmatique. Cette construction  se fait nécessairement autour d’une thématique reflétant l’intention que l’on souhaite donner au cours. Intention qui peut être de tout ordre, physique, émotionnel, structurel etc.

Si j’ai mis autant de temps avant de parler du viniyoga sur le blog, c’est parce que je craignais de ne pas trouver les mots justes pour exprimer véritablement ce que cette notion représentait. Il s’agit d’un concept tellement vaste et complet que chercher à le décrire en quelques mots me paraissait très compliqué.

Cet été, j’ai reçu l’aval pour partager le texte suivant, écrit par Claude Maréchal. Ce texte définit de manière suffisamment précise ce que sous-tend le terme viniyoga. Il nous accompagne dans chacun des manuel que nous recevons pendant la formation. J’ai donc décidé de le diffuser en espérant qu’il puisse éclairer vos lanternes.

Voici sa retranscription telle quelle, sans aucun modification.

Le terme “viniyoga” appartient au yoga classique. On le retrouve en effet au 6ème aphorisme du 3ème livre des Yoga-Sutra: “tassa bhumishu viniyoga“.

L’application – viniyoga – de cela – tassa – se fait en fonction des niveaux – bhumishu.

Dès le début du troisième livre, Patanjali avait introduit les notions de concentration (dharana), de méditation (dhyana), d’intégration (samadhi) et de démarche (samyama) les reliant. Samyama consiste à choisir un objet de méditation, à fixer intensément son attention sur celui-ci et à s’exercer avec une grande application et régularité. Esprit de recherche et de lâcher-prise doit également caractériser la démarche.

L’exercice de samyama produit une grande clarté en relation avec l’objet choisi. Le temps aidant, l’objet de méditation est de mieux en mieux intégré.

C’est directement à la suite de cet enseignement que vient l’aphorisme sur le viniyoga, pour préciser que le choix de l’objet de méditation doit se faire avec un grand soin. Le mot “cela” – tasya, indique ici la démarche; Au moment de choisir une direction pour la pratique il importe de réfléchir et de tenir compter des “niveaux”, c’est à dire d’un certain nombre de paramètres. C’est ce qui est signifié par le mot bhumishu.

Vers les années 1980 en Inde, le professeur T. Krishnamacharya élargissait la notion de viniyoga en l’appliquant directement à la pratique des asanas et du pranayama. Il voulait, à ce moment de l’histoire de son enseignement, insister avec force sur l’importance d’une juste application des techniques psychosomatiques du yoga à chacun, en tenant compte d’un certain nombre de considérations individuelles. On lui doit la formule célèbre “Ce n’est pas la personne qui doit s’adapter au yoga, mais le yoga qui doit s’adapter à la personne.”

Quelques années plus tard, en 1983, naissait la revue Viniyoga et, presque aussitôt après, les divers mouvements d’enseignants et fédérations nommés d’après ce terme. Tout cela à l’instigation de T.K.V. Desikachar, fils et disciple de Krishnamacharya.

Il était en effet de première importance de s’assurer d’une application adéquate du yoga aux adeptes occidentaux, si différents des Indiens, physiquement, culturellement et à bien d’autres égards. Cette idée de prendre en considération, avec beaucoup de soi, toute une série d’éléments avant de donner un enseignement est donc essentielle pour la transmission du yoga en Occident.

Contrairement à des idées quelque peu répandues, le viniyoga n’est pas une organisation ou une école particulière. Ce n’est pas non plus un style spécial de yoga. Le viniyoga donne simplement une direction: pour que la discipline porte tous ses fruits, il est indispensable de choisir les techniques appropriées, ce qui implique une attention sans cesse renouvelée. Dans l’esprit, s’il reste profondément reconnaissant envers ses sources, le viniyoga est nécessairement indépendant de toute autorité, d’où qu’elle vienne.

Sur un plan pratique, le viniyoga consiste à respecter la personne: âge, sexe, santé, constitution, profession, résidence, habitudes de vie, ressources et faiblesses, croyances etc.

Le yoga a commencé à se développer en Europe vers les années 1970. D’emblée, il y eut un réel engouement pour cette vision du monde venue de l’Orient. Bien des choses se sont passées depuis. Maintenant, le moment est venu pour les Occidentaux qui ont étudié et assimilé les principes du yoga de faire leur travail de façon correcte et autonome.

C’est ce que le mot viniyoga signifie vraiment le mieux aujourd’hui.

Au travers de cet article, j’espère avoir apporté un peu plus de lumière sur ce terme mal connu. Pourtant aujourd’hui, je pense que cette notion de viniyoga est essentielles à la compréhension du yoga d’aujourd’hui.

Pour ma part, le viniyoga m’accompagne dans chacune de mes pratiques et de mes cours. Il m’aide à structurer mon intention et à lui donner une direction cohérente. En cours particuliers, il est devenu un outil indispensable. Enfin, grâce à lui, j’ai su m’adapter à bon nombre de situations surprenantes, voire déroutantes, croisées au cours de mon enseignement.

Exprimez-vous!

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *